3. Le Moyen-Âge

Après la grande invasion des Barbares et durant la christianisation, des moines missionnaires irlandais introduisirent la bière dans toute l’Europe. Principalement dans les pays au nord des Alpes, la bière était une nourriture incontournable. Boire de l’eau était un signe de grande pauvreté.

Dans les monastères, on cultivait l’art de la brasserie car la bière est riche en nutriments et ne constituait pas une rupture du carême.

Histoire 3. Moyen Age -Eduard-von-Gruetzner

On sait qu’au 10ème siècle, dans le fameux monastère de Saint-Gall en Suisse, la ration quotidienne de bière pour un frère était supérieure à 5 litres ! La bière devint une source de revenus très importante pour les monastères. Les guinguettes des monastères se sont développées en entreprises très bien gérées et les monastères contrôlaient très souvent aussi les estaminets dans les villes. La bière était un grand succès. Aux 14ème et 15ème siècle, beaucoup de nouvelles brasseries (quelques-unes existent encore aujourd’hui) sont créées. Le succès du clergé a alors réveillé les souverains séculiers et les impôts sur les bières sont nés.

Histoire 3 Moyen Age Landauer-Band-I-(1610)Landauer Band I (1610)

Les bières du haut Moyen-Âge ne ressemblaient pas aux bières actuelles.
Le houblon et son application n’avaient pas encore été découverts. À la place de houblon, on utilisait la « grut ». La grut vient du mot allemand « Kräuter » ou « Gräuter » qui signifie « herbes ». Elle était un mélange de toutes sortes d’herbes (le genévrier, le prunellier, l’anis, le laurier, le romarin et beaucoup d’autres).
Quelques-uns de ces ingrédients étaient toxiques et susceptibles de provoquer de graves hallucinations comme la jusquiame qui développait pendant le brassage des alcaloïdes hallucinogènes.

Bientôt les brasseurs se rendirent compte que le houblon était meilleur que la grut. Il ne la remplaça pas immédiatement pour autant. Le droit de brassage dans le Moyen-Âge ne concernait pas la fabrication proprement dite de la bière mais  la production de la « Grut ». Si on avait le droit de « Grut », on avait donc aussi  le droit de brasser.
Le houblon étant meilleur, il fit une concurrence importante à la grut, ce qui causa des troubles notamment au sujet des impôts. En conséquence, le houblon fut très vite interdit.
Cependant, La grut était dangereuse pour la santé et les brasseurs ont abusé de leurs prérogatives en mélangeant dans leurs bières tout ce qu’ils pouvaient trouver dans les forêts. Beaucoup de gens trouvèrent la mort à cause de bières toxiques  ce qui mena à la loi de pureté, imposée en 1516 par Wilhelm IV. de Bavière.
La plus vieille version de la loi de pureté, mais aussi la moins connue, est celle de l’année 1447 du conseil de Munich: « Item sie sullen auch pier (« Bier »)… prewen (« brauen ») nur allein von Gersten, Hopfen und Wasser  und sollen nicht darein oder daruntter thun noch sieden oder man straffe es für valsch » – (Alors, ils doivent aussi brasser de la bière seulement d’orge, houblon et d’eau).

 Histoire-3-Moyen-Age-Brasseur-16e-siecleBrasseur 16e siècle

La loi de pureté était nécessaire car la bière était la boisson de base de l’époque. On ne buvait pas d’eau à cause de l’insalubrité et même les enfants en consommaitent.
1000 litres par an par tête n’était pas un chiffre extraordinaire comparé aux petits 33 litres annuel par habitant d’aujourd’hui, en France.

Les plus grandes bières du Moyen-Âge venaient des grandes villes brassicoles de l’époque: Amsterdam, Bruges, Hambourg, Hanovre, Einbeck (d’où vient le nom « Bock »), Munich et Prague. En France, surtout dans le Nord, le Nord-Ouest et l’Est, la bière trouvait sa place dans la culture de terroir. 

Histoire-3.-Moyen-Age-BrasserieBrasserie 17e siècle 

Un des plus grands problèmes au Moyen-Âge était les mauvaises récoltes. 
Il y avait de la bière seulement si on avait assez d’orge ou alors à des prix exorbitants. Certaines régions n’avaient jamais assez d’orge afin de produire régulièrement de la bière, dans les régions du Sud principalement. Le prix de la bière dépendait beaucoup de la quantité d’orge disponible pour le brassage

Histoire-3.-Moyen-Age-Beer-Street-vs-Gin-Lane

William Hogarth, Beer Street and Gin Lane, 1751